« Mon poney est fourbu ! » Trop tard, le mal est fait.
Douleurs aiguës, déplacements difficiles, voire impossibles, le pronostic vital peut vite être engagé.
Voici la définition de la clinique de Grosbois :
« Quand elle ne fait pas suite à une crise aiguë, la fourbure chronique est généralement consécutive à un syndrome métabolique avec surpoids, obésité et mauvaise régulation de la glycémie ».
Elle peut aussi être associée à un « syndrome de Cushing ».
Reprenons les étapes. Comme il a été décrit dans un article précédent, il est indispensable de porter une enquête sur l’étiologie. Les terminologies scientifiques décrivent rarement l’origine des troubles.
Mon poney est un Shetland, un Fjord, un Pottok, mon cheval est un Pur-sang arabe, un Frison, un Portugais, il est à Marseille, Quimper ou Roubaix, etc. Chaque être vivant fait partie d’une entité naturelle. Les interactions avec le milieu sont l’essence même de toute existence. Nous sommes tous programmés par nos origines géographiques.
Les espèces se sont développées dans des biotopes différents. Le fonctionnement organique a été initié par les gaz, l’eau, la flore ou la faune environnementales.
Par exemple, les poneys Dartmoors ne consomment pas du tout les mêmes plantes que leurs voisins, les Exmoors.
Un cheval du Sud se contentera de peu de plantes grasses, de feuilles étiolées, de céréales. Vers l’Ouest, les Landes sont les terrains de prédilection : mousses, lichens… qui ne présentent pas tout à fait les mêmes spécificités que l’herbe normande.
Il convient de mettre de côté cette idée fausse et répandue qu’un cheval est juste un cheval. Il est primordial de considérer en premier les origines génétiques des animaux, pas seulement pour la lignée, mais au sens global du terme. Le cheval consomme ce qui pousse dans son environnement naturel : pas de cuisson, pas d’aliments secs (une hérésie !), pas de produits transformés qui sont des « intrus » pour un organisme.
Le souci principal réside également dans une alimentation standardisée et cuite. Malheureusement, l’industrie agroalimentaire s’est emparée du domaine. Suite à des « études » incomplètes, et disons-le, des liens de collusion, l’offre ne correspond en aucun cas aux besoins.
Les études, thèses sur les vitamines nécessaires et produites par l’organisme du cheval sont inachevées.
En agroalimentaire, les trois produits « phares » sont le sel, les sucres, les lipides et les compléments de synthèse comme les CMV, par exemple.
Des produits extrudés, cuits, secs, conservateurs, antifongiques, insecticides, OGM, etc., des oligo-éléments ou minéraux isolés qui vont produire une réaction de défense de l’organisme : l’inflammation, réaction de défense de celui-ci pour répondre à une agression.
L’herbe artificielle que l’on appelle « herbe à vache » ou ray-grass est également un produit de la science destiné à engraisser les animaux. Par définition, un Shetland, censé manger de la fibre grossière pauvre et de la matière abrasive et iodée, se retrouve avec une nourriture délétère.
Pour pallier à cela, les vétérinaires conseillent très souvent le panier, ce qui est une manière astucieuse de rajouter stress, frustration, mauvais apport en CO₂ et augmentation de l’acidose.
L’organisme se débarrasse des toxines par la peau, qui est un organe émonctoire. Elle élimine par le biais de plusieurs mécanismes gazeux, liquides… (notamment par les extrémités).
Parfois, l’élimination est imparfaite, ralentie ou incomplète.
En effet, un organisme mammifère se compose de 70 % d’eau. Un adulte humain de 50 kg est constitué de 35 kg de liquides, dont les rôles sont aussi variés qu’indispensables.
Comme tous liquides, ceux-ci sont victimes de la pesanteur et tendent à stagner, par manque ou absence de mouvements.
Un second critère intervient dans la circulation des fluides : la viscosité.
Sans oublier la qualité de l’adventice, du média et de l’intima (les constituants des parois artérielles), lesquels initient les mouvements mécaniques provoquant une circulation harmonieuse, quand ces couches sont en bon état.
Il arrive que certains éléments transportés soient « abrasifs » pour ces tissus et détériorent ainsi la qualité de l’enveloppe du sang.
LA VISCOSITÉ DU SANG
La viscosité dépend de deux mesures distinctes : celle du plasma seul et celle de l’accumulation des éléments figurés et des matières organiques transportées.
On évoque ici l’épaisseur des liquides organiques, composés d’eau et d’éléments transportés. Outre le sang, la lymphe, les liquides interstitiels, tous ces liquides présentent des fonctions différentes, un milieu particulier, et les déplacements fluctuent.
On juge une bonne circulation par une unité de mesure universelle :
1 millipoise = 0,0001 kilogramme/mètre-seconde.
Ce facteur détermine la faculté de déplacement d’un liquide dans son milieu.
En résumé, on fait face à un mouvement non newtonien. La circulation est affectée par la viscosité. En clair, l’épaisseur des liquides organiques entrave le mouvement, le ralentit, et la résistance vasculaire induite par la souplesse des vaisseaux (veines, artères, capillaires) est un facteur de résistance à la libre circulation.
Si l’on considère la loi de Hagen–Poiseuille :
« Cette relation exprime que l’accélération de toute particule de fluide est la résultante des efforts surfaciques de pression et de viscosité. »
L’absence ou la qualité, disons limitée, de la glycogénèse surcharge le sang, et l’organisme entre alors en acidose sévère.
Parfois, l’organisme n’offre pas un circuit de circulation des fluides suffisant pour être en mesure d’optimiser les échanges.
Souvent, cette étape n’est que le prémice de troubles plus importants : de plus en plus lente, la circulation commence à ralentir jusqu’à la stase, notamment dans les extrémités.
En effet, les artères présentent un nombre de Reynolds adéquat, tandis que les veines présentent un taux inférieur, c’est-à-dire bien moins « circulant », induisant une circulation laminaire, voire limitée dans les capillaires dont la taille est infime.
La viscosité moyenne, d’un grand nombre de mesures faites avec le sang des espèces chevalines et bovines à 15°, atteint à peu près 4.
À l’état normal (37°), elle est comprise entre 3,2 et 4,5.
Le glycocalyx représente également un élément déterminant pour la viscosité, ce qui nous incite à nous rapprocher de nos amis : les sucres.
Fourbure et diabète de type 2 sont analogues : viscosité du sang, état des vaisseaux, tous ces paramètres entretiennent la qualité et la régularité des mouvements circulatoires, et ainsi la distribution des nutriments et de l’O₂.
Le frein à une circulation fluide, une viscosité élevée liée à une rigidité des vaisseaux, induisent la fourbure.
En conséquence de ce constat, il est donc important de faciliter ces transferts de fluides par le biais d’apports adaptés.
Le sang transporte des éléments figurés endogènes et des nutriments exogènes.
Il convient donc d’articuler les efforts en la matière autour des apports externes, sans influer sur l’équilibre de l’isotonie sanguine.
Les graisses, les sucres, les sels doivent répondre aux besoins essentiels des animaux, non pour les performances requises par les humains, mais pour leurs nécessités physiologiques. En quantités et qualités équilibrées, pas de souci, mais le déséquilibre s’installe rapidement.
En conséquence, nier ces réactions physiologiques spécifiques et globales relève d’une étude aveugle.
Quelle importance de connaître la réaction d’une enzyme, d’une hormone, si ce n’est que pour apporter des solutions de force en faveur d’un confort de vie ?
La vie est une résultante de paramètres multiples, du plus grand au plus petit,
c’est-à-dire de l’environnement au fonctionnement des cellules. Tout est lié.
Du choix d’un environnement adapté à la prescription de metformine ou de sulfamides hypoglycémiants, il est temps de concilier les deux :
Ériger la prévention comme la première étape essentielle de la prise en charge thérapeutique, afin d’éviter des manipulations chimiques dommageables pour l’homéostasie (effets secondaires qui ne sont pas secondaires, mais bien indésirables), parfois indispensables en cas d’urgence, mais avec leur lot de désordres physiologiques inhérents aux interactions indésirables et non maîtrisées.
Pour rappel, chaque cellule contient de l’eau. Les cellules baignent dans du liquide interstitiel (eau), le liquide lymphatique (eau), larmes, sueur, sang (plasma)…
Ces liquides répondent à des exigences très strictes quant à leur fluidité et leur composition.
De plus, ces liquides peuvent transporter des éléments abrasifs qui vont abîmer les tissus qui les contiennent, stade des premiers symptômes. Chaque liquide offre les particularités de sa fonction.
Il convient d’en connaître le pH avant toute dissertation sur le sujet. Le pH varie selon les organes. Le pH de l’estomac est le plus bas, digestion oblige. Ces taux peuvent varier. En revanche, le pH sanguin ne doit jamais varier : entre 7,35 et 7,45, ceci est primordial.
Pour la fluidité, on frôle là les fondements d’un fonctionnement complet de l’organisme. Les liquides sont là pour circuler : ils transportent, trient, excrètent, réchauffent, refroidissent, hydratent en changeant de place.
Une circulation trop intense ou déficitaire est source de troubles importants.
Tout aliment « étranger » au biotope représente une sorte de toxine pour un organisme.
Les liquides doivent les transporter jusqu’aux émonctoires, d’où une fluidité inhérente à la fonction.
Quand la viscosité s’élève, ces échanges se limitent de plus en plus jusqu’à la stase.
Au premier stade, l’inflammation s’installe avec raideurs et douleurs articulaires. Ensuite, l’organisme commence à stocker le surplus : l’embonpoint ou l’amaigrissement apparaissent.
Trop gros et/ou fatigué, douloureux, il se déplace moins et commence à s’immobiliser : c’est la crise de fourbure, les liquides surchargés ne circulent plus assez.
De nombreuses causes sont à l’origine de ces stases des liquides : outre la circulation par surcharge d’éléments indésirables, les fers freinent cette circulation pourtant nécessaire, les poids portés, un manque d’énergie, une déficience de la rate (MTC)…
Quelle attitude adopter en prévention ou en soins d’urgence ?
Avant la crise, au pré :
Déterminer l’origine géographique du cheval, tenter d’approcher ses besoins.
Il doit pouvoir disposer de plantes variées, de branches d’arbres, de « mauvaises herbes » à profusion. Elles sont parfois utiles pour contrer la fourbure (plantain, persil, pissenlit, menthe, etc. Plantez-les, ils se serviront).
EXEMPLE
Menu de Galand des Chênes – SF de 29 ans : herbe pauvre, fleurs de genêt, feuilles d’eucalyptus, châtaignes, un peu de glands, feuilles de citronnier, feuilles de menthe verte, foins divers (cheval à tendance emphysémateuse).
Menu de Gibus de Commoullec – New Forest, même âge, même endroit : herbes pauvres, fougères, souci, armoise, plantain, pissenlit, chardon béni, persil, foin (cheval présentant une faiblesse hépatique grave).
Les animaux savent se soigner seuls quand on leur en donne les possibilités. Si l’on choisit de mettre des chevaux au pré, ils doivent être prioritaires sur le foin.
1 hectare par cheval, c’est comme le « double poney », cela n’est que pure fiction.
Priver un cheval d’herbe pour lui donner du sec l’hiver n’est qu’une solution financière.
Un cheval doit parcourir environ 10 km/jour, ce qui n’est pas énorme. 5 hectares me paraissent un minimum, que ce soit pour un, deux ou plus, mais une parcelle inférieure à 5 ha ne propose pas une surface suffisante. Dans ce cas, il faut l’emmener en extérieur (on ne parle pas ici de travail en manège ou en carrière, mais bien d’extérieur).
Cet exercice est indispensable pour la circulation des liquides et le fonctionnement organique. Les chevaux disposant d’espace sont beaucoup moins touchés.
Si le cheval n’a accès qu’à de l’eau de ville, la nettoyer avec un peu d’argile ou de charbon actif. Jeter les résidus de boue.
Ne pas semer, laisser toutes les « mauvaises herbes » qui sont d’un grand secours pour ce genre de soins.
Contingenter les poneys sous les arbres, sur des sols pauvres. Ne pas placer les clôtures afin de délimiter des parcelles sans arbres, comme on le voit souvent.
Des abris disponibles, à leur convenance, pour éviter tout stress physiologique. Le froid provoque une constriction des tissus et donc le développement d’une chaleur interne. La sécheresse épuise les liquides organiques, l’humidité lèse la rate… Bref, il est vital pour un animal de pouvoir se prémunir de l’aspect pathogène d’un climat trop rude ou trop long.
Nous avons travaillé chez Equisia à l’élaboration d’une formule à destination des chevaux/poneys atteints de fourbure : l’Equisa-fourbure, disponible sur la Boutique PEL.
Ces conseils ne sauraient se substituer à l’avis éclairé et compétent d’un vétérinaire diplômé, seul habilité à pouvoir établir un diagnostic.
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